30 concepts pour lire les paysages de l’Anthropocène avec Anna L. Tsing

COMPILÉS PAR MARTIN COLLETTE – PHILOSOPHE DE TERRAINS VAGUES.

Entrez dans le répertoire interactif en cliquant directement sur les mots-clés ci-dessous ou parcourez la liste des citations en naviguant vers le bas de cette page.

Mi-lieu | Patch | Paysage | Paysage social-naturel | Brèche, intervalle (Gap) | Écologie | Résurgence | Articulations | Agencement, assemblage |||||||||| Holocène | Anthropocène | Histoire (History) |||||||||| Frictions | Zone-frontière |||||||||| Nature ·sauvage (wilderness) ||||||||||| Universel | Global | Cosmopolite | Sortilège | Échelle, scalabilité | Récits modernistes ||||||||||| Proliférations | Féral, féralité | Invasions multi-espèces | Ingénieur | Infrastructures | Impérialisme | Colonialisme de peuplement | Plantation | Ruines | Capitalisme

OUVRAGES EN FRANÇAIS DE ANNA LOWENHAUPT TSING :
  • CFM : Le champignon de la fin du monde, La Dé­couverte, 2017 (2015).
  • FR : Friction, La Découverte, 2020 (2005).
  • PR : Proliférations, Wildproject, 2022 (2012-2018). 
  • NN : Notre nouvelle nature, Seuil, 2025 (2024).

« une carte (…) n’est pas toujours le meilleur moyen de comprendre » (Notre nouvelle Nature, p.91)

Répertoire des concepts et mots-clés

MI·LIEU 

« Le lieu est essentiel » (NN 91) 

« Il faut donc commencer, encore et toujours, par le milieu » (FR 26)

« Si les cartographes modernistes envisagent l’espace comme vide – en attente d’occupation, d’ordre et d’une autorité imposée –, la tâche des cartographes de l’ANTHROPOCÈNE est de mettre en lumière les conséquences létales de ce type de perspectives. » (NN 86-87) 

« la contre-cartographie » (NN 103) 

PATCH 

« Les patchs sont les LIEUX par où commencer » (NN 66) 

« Ils surgissent à partir des enquêtes de terrain » (NN 63) 

« Les patchs peuvent être identifiés à de multiples ÉCHELLES, depuis une tache sur une feuille jusqu’à un océan » (NN 65) 

PAYSAGE

« « paysage » fait ici référence à la sédimentation des activités humaines et non-humaines qui, prises ensemble, créent des lieux. Le paysage est une intersection animée d’actions contemporaines entremêlées avec les traces laissées par les activités précédentes. (…) Le paysage n’est pas seulement une archive » (NN 268) 

« étudier les paysages comme des coordinations et des incoordinations ontologiques auxquelles les humains et les non-humains participent » (NN 255-256) 

« Les paysages sont des outils radicaux pour relativiser l’hubris humaine. Les paysages ne sont pas l’arrière-fond d’actions historiques. Ils sont eux-mêmes actifs. » (CFM 231)

PAYSAGE ·SOCIAL-NATUREL

« Un paysage [ndr : spécialement de BRÈCHE] est à la fois « social » (créé en relation à des projets humains) et « naturel » (hors du contrôle humain ; peuplé d’espèces non humaines) » (FR 281)

« Il demande que nous fassions attention à la difficulté de transporter les démarcations entre moyens de subsistance humains et conservation naturelle, (…) cultures établies et NATURE SAUVAGE, chacune de ces oppositions nous empêchant de d’apprécier l’histoire des paysages sociaux-naturels (…) C’est donc dans les espaces que ces catégories rendaient impensables, c’est-à-dire dans leurs BRÈCHES, que je vais organiser ma description. » (FR 283-284)

« le défi que je me suis lancé est de faire du paysage un acteur vivant. Les paysages sont simultanément naturels et sociaux » (FR 70)

« Qu’en est-il, cependant, des paysages dans lesquels un nombre significatif d’organismes ne sont ni à proprement parler domestiques et cultivés ni sauvages ou indépendants des pratiques humaines de soin et de dissémination ? » (FR 286)

« L’administration indonésienne (…) a vu des gens « sociaux » détruisant des forêts « naturelles » et tente de les réinstaller en dehors des forêts. (…) Mais (…) il y a aussi là-bas d’autres forêts. Les forêts naturelles-sociales des habitants mératus. » (FR 324)

« Au lieu de fonder la revendication de droits sur des équivalents de la propriété privée, nous pourrions nous entraîner à voir les socialités se chevauchant dans les forêts familières comme ce qui donne du pouvoir et des limites aux individus dans l’exploitations des ressources de la forêt. » (FR 230)

« J’insiste donc encore sur les pratiques qui lient humains et non-humains dans la création d’un paysage social-naturel » (FR 320)

BRÈCHE, INTERVALLE (GAP)*

« Les brèches sont des espaces conceptuels et des lieux réels où les démarcations tranchées ne voyagent pas bien » (FR 283)

« les grands projets de catégorisation, y compris le développement et la conservation (…), produisent de manière persistante de l’inintéressant, de l’invisibilité et, parfois, des zones d’illégitimité – que j’appelle les « brèches » » (FR 278)

« Aussi longtemps que tant les développeurs que les conservationnistes diviseront la terre en espaces d’agriculture intensive et espaces NATURELS SAUVAGES, de telles zones de repousse et de possibilités ouvertes ne seront pas reconnues » (FR 305)

« Cette brèche n’est pas un espace de différence transcendant, transhistorique. On ne fait l’expérience des brèches que du point de vue d’une ligne de démarcation instituée » (FR 314)

« Dans la mesure où les catégories sont un tracé du pouvoir, les brèches qu’elles favorisent doivent être prises au sérieux en tant qu’espaces critiques et sites pour des voix et des rêves émergents » (FR 314)

« cette brèche peut être une autre forme de mode de vie ordinaire » (FR 314)

« Les brèches se développent dans les zones de raccord entre projets UNIVERSELS » (FR 324)

« Une prise en compte de ces brèches permet de ne pas rejeter trop vite les bordures envahies par les mauvaises herbes et peuplées de péquenauds et elle nous engage à explorer des PAYSAGES d’une grande diversité dans lequel le mode de subsistance humain préserve les forêts » (FR 284)

« Les enchevêtrements sont des modes d’existence qui font craquer les catégories et qui bouleversent les identités » (CM 211)

« à l’extérieur de la maison, entre les forêts et les champs, la générosité n’est pas encore épuisée » (PR 109)

*Les traducteurs de Frictions ont opté pour « fossé ». On choisit opte ici pour une traduction plus générique.

ÉCOLOGIE

Cf. Holocène, Agencement, Proliférations, Invasions multi-espèces.

RÉSURGENCE 

« une soutenabilité sensée doit s’appuyer sur des résurgences multi-espèces, c’est-à-dire sur la reconstitution de PAYSAGES viables » (PR 43) 

« la soutenabilité est une affaire multi-espèces » (PR 71)

ARTICULATIONS

« Raconter ensemble des histoires non humaines et humaines, sans réduire les non-humains à des marionnettes (…) oblige à s’intéresser à la façon dont des phénomènes disparates peuvent se lier ensemble » (NN 227) 

« Nous sommes tous porteurs d’une histoire de contamination ; la pureté est impossible. » (CFM 65) 

« Les enchevêtrements sont des modes d’existence qui font craquer les catégories et qui bouleversent les identités » (CM 211) 

« si nous permettions aux plantes d’être des agents historiques, que signifierait alors l’HISTOIRE ? » (NN 255-256)

AGENCEMENT , ASSEMBLAGE

« plutôt que de limiter nos analyses à une seule créature à la fois (…), nous devons étudier les agencements polyphoniques (…) il faut, pour apprécier une polyphonie, écouter à la fois les lignes mélodiques, chacune séparément, et la façon dont elles ne font plus qu’un (…) De même, pour apprécier un agencement, et il faut être attentif aux manières d’exister séparément et, en même temps, observer comment ces manières se tiennent les unes les autres » (CFM 237- 238) 

« La concentration des ressources en eau apportées par les puits [ndr : au Botswana] a maximiser la taille des troupeaux (…), laissant en fin de compte des zones sacrifiées, privées de tout l’agencement biologique qui se développe normalement (…) Sans cet agencement, l’ÉCOLOGIE est bouleversée » (NN 116)

HOLOCÈNE 

« On peut dire que l’agriculture de l’Holocène a encouragé la mise en place continue des successions post-glaciaires. En avançant, les glaciers et les fermes repoussent les ÉCOLOGIES antérieures ; en reculant, ils tirent profit de l’agilité écologique propre au renouvellement écologique » (PR 52) 

ANTHROPOCÈNE 

« Bienvenue dans l’Anthropocène, où les organismes aliénés et désengagés, y compris les humains [ndr : mais aussi les espèces invasives et férales], se multiplient et se répandent sans tenir compte des arrangements multi-espèces. (…) Ces biologies férales bloquent la RÉSURGENCE de l’HOLOCÈNE et menacent la viabilité des PAYSAGES multi-espèces. » (PR 66) 

« L’anthropocène s’impose d’une manière quelque peu ironique : c’est la création par les humains d’un monde favorable à l’agentivité des non-humains FÉRAUX. » (NN 295XX XXX)

Ces non-humains capables de prospérer grâce aux INFRASTRUCTURES IMPÉRIALES et industrielles* ont pris les rênes de l’HISTOIRE » (NN 295) 

« les non-humains sont (…) devenus les principaux protagonistes des histoires relatives à l’Anthropocène » (NN 295) 

« L’Anthropocène est donc une époque où la viabilité multi-espèces est devenue menacée » (PR 49) 

« Dans l’anglosphère, et son héritage de la loi coloniale, la présence humaine interrompt le cours de la nature plutôt que de le joindre. (…) L’INFRASTRUCTURE déborde et remplace les ÉCOLOGIES sauvages, créant des effets FÉRAUX. L’Anthropocène émerge de telles interventions – bien plus que de la condition humaine prise comme un tout. » (NN 347) 

« mais pour les peuples indigènes, les changements climatiques sont simplement une nouvelle menace existentielle qui s’inscrit dans une longue HISTOIRE » (NN 173) 

HISTOIRE (HISTORY)

« L’histoire a été le plus souvent faite en donnant la première place aux élites (…) jusque très récemment, les non-humains n’ont pas été considérés comme des acteurs historiques (…) la nature non-humaine était vue comme essentiellement statique » (NN 220)

FRICTIONS

« Les cultures sont culturellement coproduites dans des interactions que j’appelle « friction » pour souligner le caractère étrange, inégal, instable et créatif de l’interconnexion » (FR 29)

« Mon idée de départ est que les traits chaotiques et surprenants de ces rencontres [ndr : nées des connexions globales entre peuples locaux, commerçants, officiers de l’armée, amoureux de la nature…] (…) devraient informer nos modèles de production culturelle » (FR 29)

« La friction permet aux UNIVERSELS de faire prise, de se répandre comme modèles pour la pratique du pouvoir. Mais les universels engagés ne parviennent jamais totalement à être partout la même chose du fait de cette friction » (FR 40)

« Ce n’est qu’en maintenant la friction (…) entre l’aspiration et la réalisation pratique qu’une analyse critique de la connexion GLOBALE est possible. » (FR 154)

ZONE-FRONTIÈRE

« La fin du XXe siècle a vu apparaître de nouvelles « zones-frontières de ressources » partout dans le monde » (FR 68)

« Une zone-frontière est un bord dans l’espace et le temps : c’est le règne du pas encore – pas encore cartographié, pas encore régulé. C’est une zone qui défait les cartes… » (FR 69)

« Les zones-frontières sont des zones hors de contrôle (…) elles surgissent dans les interstices nés de la collaboration entre partenaires légitimes et illégitimes : militaires et bandits, gangsters et entreprises… » (FR 68)

« l’activité de la zone-frontière consiste à fabriquer des sujets humains et des objets naturels » (FR 72)

« Chaque côté fait exister l’autre : d’une part des rangées sans fin alignées dans une symétrie silencieuse, l’application du biopouvoir aux arbres ; de l’autre, des bûcherons et des mineurs illégaux et des villageois pris dans le temps accéléré et assourdissant du pillage » (FR 72)

« les hommes et les ressources des zones-frontières se fabriquent dans des dynamiques d’intensification et de PROLIFÉRATION » (FR 88)

« la partie orientale de la forêt [ndr : du Kalimantan indonésien] a été transformée, dans les années 1990, en une zone de destruction ouverte à tous. Les collecteurs mératus bien informés ont rejoint les outsiders ignorants se sont rués pour piller ce paysage dont ils anticipaient la disparition » (FR 296)

« Un : les ressources naturelles ne sont pas un don de Dieu ; (…) elles doivent être violemment arrachées aux économies et aux ÉCOLOGIES antérieures. Deux : une telle violence ne laisse personne indemne. Trois : ce déchaînement n’a rien d’un conflit entre voisins. Il mobilise des forces venues de loin, emmêlant les ÉCHELLES multiples du local et du GLOBAL. » (FR 102)

NATURE ·SAUVAGE (WILDERNESS)

« Leurs textes [des botanistes] vidaient le paysage qu’ils étudiaient de leurs habitants humains, les rendant disponibles à la colonisation » (FR 166)

« En apprenant à la fois contre et avec les indigènes (…), les scientifiques coloniaux ont conclu que cette nature profitable-mais-fragile était transcendante » (FR 323)

« Voila donc une nature très spécifique (…) une ressource pour la politique environnementale, en même temps qu’une manière d’intégrer le local dans le GLOBAL » (FR 167)

« Cette notion de forêt vide, sauvage et disponible à toutes les manipulations des élites constitue aussi une partie du répertoire des scientifiques coloniaux (…) cette forme de « nature » qui, ont appris les scientifiques, pouvait être utilisée au profit des Européens mais aussi détruite au-delà de toute régénération possible » (FR 322-323)

« Là où les peuples indigènes qui y vivent sont reconnus, la discussion internationale fait de ces peuples également des sauvages, assimilés au vide sauvage de la forêt (…) ils voltigent dans les forêts comme des oiseaux » (FR 323)

« Une des raisons pour lesquelles le modèle des parcs a gagné le monde entier, c’est qu’il montrait une manière dont les États-nations pouvaient intégrer leurs ZONES-FRONTIÈRES sauvages dans leurs ambitions IMPÉRIALES » (FR 173n)

[AUX USA]

« La nature de Muir – et son Yosemite – se forgent dans un projet de fabrication d’ÉCHELLE où le local et le GLOBAL s’enveloppent l’un dans l’autre et sont alimentés par les principes de l’UNIVERSEL » (FR 171)

« La nature sauvage (…) mettait l’accent sur l’inspiration personnelle, dans la rencontre entre un individu et la Nature, et niait donc toute médiation sociale » (FR 168)

« Avec des hommes d’affaire faisant la promotion du tourisme et des patriotes voyant dans la wilderness étatsunienne l’équivalent des grands monuments européens, ces amateurs de nature ont inventé l’idée des parcs nationaux, une idée si fascinante qu’elle s’est propagée partout dans le monde » (FR 168)

« Le sujet qui peut saisir la Nature est, chez Muir [pionnier de la conservation aux USA], le voyageur COSMOPOLITE » (FR 171)« Une des raisons pour lesquelles le modèle des parcs a gagné le monde entier, c’est qu’il montrait une manière dont les États-nations pouvaient intégrer leurs ZONES-FRONTIÈRES sauvages dans leurs ambitions impériales » (FR 173n)

« quelque chose est troublant : c’est l’absence obsédante des morts. Le génocide des Amérindiens (…) a contribué à l’évidage de la Nature que Muir appréciait comme une fenêtre s’ouvrant sur la présence sacrée (…) C’est seulement alors que l’environnement auxquels les modes de vie indigènes contribuaient a pu apparaître comme une œuvre divine » (FR 175n)

UNIVERSEL

« L’universel est au cœur des projets humanistes contemporains : scientifiques, économistes réformateurs et défenseurs de la justice sociale font tous appel à l’universel. Pourtant, pris à leur valeur nominale, les universels rendent invisible la fabrication des connexions GLOBALES [ndr : à travers des FRICTIONS locales] » (FR 34)

« les affirmations universelles qui justifient la coercition à l’aide des standards (…) de progrès et d’ordre sont au centre des programmes disciplinaires néocoloniaux » (FR 39)

GLOBAL

« Plutôt que de me précipiter vers une compréhension spatiale globale, j’examine les liens entre les projets hétérogènes de fabrication d’espaces et d’ÉCHELLE » (FR 43)

« Dans ce SORTILÈGE [ndr : des opérations financières sur des ressources de la zone-frontière], « global » devient le processus de découverte de nouveaux sites (…) Dans les années 1990, quand les rêves de l’élite indonésienne se sont connectés à ceux des Canadiens grâce aux sortilèges de la promesse d’or, l’Indonésie est devenue l’un de ces endroits possibles. Le cliché de pays lointains encore SAUVAGES » (FR 140)

« Le défi de l’analyse culturelle, c’est prendre en compte tant les interconnexions qui se propagent que le localisme de la culture » (FR 207)

COSMOPOLITE

« Il n’est pas nécessaire d’avoir voyagé pour s’imaginer cosmopolite. Être cosmopolite, c’est être libéré de l’esprit de clocher et se projeter dans le monde » (FR 206)

SORTILÈGE

« La culture de la ZONE-FRONTIÈRE relève du sortilège car elle crée de la violence et répand un régionalisme purement imaginaire. Sortilège d’un translocalisme assumé, elle se voue à la destruction des zones locales. (…) C’est un sortilège fabricateur d’ÉCHELLE » (FR 130)

ÉCHELLE, SCALABILITÉ

« L’échelle est la dimension spatiale nécessaire pour un type particulier de perception visuelle proche ou distante (…) l’échelle n’est pas seulement un cadre neutre pour voir le monde ; l’échelle doit être amenée à l’existence » (FR 115)

« Les échelles sont des SORTILÈGES » (FR 114)

« les échelles font, elles-mêmes, parties des sortilèges. En ce sens, un projet qui nous amène à imaginer la GLOBALITÉ pour nous montrer qu’il peut réussir est un type de « projet fabricateur d’échelle » (FR 114)

« Depuis les années 1990, chaque projet ambitieux de redéfinition du monde a voulu forger de nouvelles échelles. (…) Nous voulons revendiquer le GLOBE comme le nôtre » (FR 144)

RÉCITS MODERNISTES 

« limiter nos récits aux protagonistes humains (…) suggérait une pratique culturelle, structurée et hantée par les rêves liés à la modernisation. Il y a d’autres manières de fabriquer des mondes (…) les peuples qui vivent de la chasse reconnaissent les autres êtres vivants comme des « personnes » (…) Comment, en fait, pourrait-il en être autrement ? » » (CFM 233-234) 

PROLIFÉRATIONS 

« Autrefois, les explorateurs, les pionniers et les INGÉNIEURS coloniaux imaginaient le « SAUVAGE » comme un terrain échappant à leur contrôle IMPÉRIAL. Cependant, en s’efforçant de conquérir ce terrain pour leurs propres fins, ils ont encouragé une foule de nouvelles forces incontrôlables [ndr : FÉRALES]. Les INFRASTRUCTURES qu’ils ont contribué à concevoir et à mettre en place ont nourri d’effrayantes nouvelles manières d’être, qui se sont répandues et dispersées bien au-delà de leur contrôle. Au sein de ces nouveaux mondes sauvages, les habitants de la Terre ont perdu l’habitude de vivre avec les autres, et se sont mis à faire des ravages dans des ÉCOLOGIES jusque là viables [ndr : celles de l’HOLOCÈNE] » (PR 27) 

« Les transformations IMPÉRIALES et industrielles des PAYSAGES encouragent la prolifération de collaborateurs non humains. Travaillant avec les humains mais en dehors de tout contrôle humain, ce sont eux qui créent les terreurs de l’ANTHROPOCÈNE » (PR 27) 

« la mort des arbres provoquée par des maladies importée commercialement dépasse largement le nombre de ceux qui sont plantés » (NN 336) 

« La plus grande menace pour les arbres et les forêts du monde est la mondialisation des maladies des plantes. La manière désinvolte dont les plantes et la terre sont expédiées et transportées. » (PR 67)

« les nouveaux champignons se déplacent comme des feux de forêt » (NN 311) 

« La prolifération est aussi un principe clé de l’expansion CAPITALISTE, en particulier dans les ZONES-FRONTIÈRES du capitalisme où l’accumulation n’est pas tant primitive (…) que sauvage » (FR 68)

FÉRAL, FÉRALITÉ

« biologie férale : ce n’est pas une domestication mais un engagement étroit entre des trajectoires humaine et non humaine » (NN 284) 

« Certains auteurs ont pris l’habitude de porter aux nues la vie férale pour sa vitalité exubérante. Mais (…) Dire que les plantes sont des acteurs historiques ne revient pas à approuver leurs actions : nous devons rompre avec l’habitude de considérer que cette agentivité (…) est toujours bonne » (NN 257)

« j’explique plutôt que des capacités non humaines particulières, ici celles des champignons, créent un monde d’ARTICULATIONS écologiquement dangereuses. » (NN 297) 

« Ce n’est pas la plante que je tiens pour responsable. Ce sont les pratiques industrielles et IMPÉRIALES intentionnellement inattentives » (PR 41) 

« quelle que soit la monoculture industrielle, il y a un champignon qui s’est transformé en un tueur virtuose » (NN 309) 

« Les effets féraux ne sont visibles que quand on les INFRASTRUCTURES sont étudiées dans leur matérialité – et dans la mesure où elles constituent des PATCHS et des assemblages sociaux et écologiques. » (NN 72)

INVASIONS MULTI-ESPÈCES 

« L’invasivité est d’abord un trait du COLONIALISME. » (NN) 

« L’expansion européenne depuis la fin du XVe siècle a été caractérisée par les invasions multi-espèces (…) Les Européens voyageaient avec une gamme de plantes, d’animaux, d’agents pathogènes, et les invasions humaines n’auraient pas pu réussir sans ce gang multi-espèces. » (NN 191) 

« Nous sommes tous porteurs d’une histoire de contamination ; la pureté est impossible. » (CFM 65) 

« commençant à la fin du XVe siècle, des programmes d’invasion multi-espèces ont été une caractéristique de l’expansion européenne (…). Ces invasions (…) ont tué et déplacé des communautés et des ÉCOLOGIES natives, permettant la formation des programmes auxquels nous donnons aujourd’hui le nom de COLONIALISME DE PEUPLEMENT » (NN 179)

« L’invasion des Amériques à la fin du XVe siècle est à l’origine d’un modèle qui s’est poursuivi pendant des siècles » (NN 179)

INGÉNIEUR 

Cf. Proliférations, Infrastructures.

INFRASTRUCTURES 

« La métaphore [ndr : des feux de forêts] suggère comment prolifèrent les infrastructures industrielles et leurs effets FÉRAUX. Comme un feu, ils s’emballent le long de corridors, épargnant à l’occasion certaines zones » (NN 186) 

« Comment les plantes [ndr : ici : les jacinthes d’eau invasives] ont-elles pu abandonner la reproduction sexuée [ndr : au profit de la reproduction clonale] ? (…) pour une seule raison : les environnements créés par l’ingénierie sont si homogènes que créer de la diversité est devenu inutile » (NN 284) 

« la jacinthe d’eau (…) a besoin de partenaires humains et pas de n’importe quels humains, mais d’INGÉNIEURS » (NN 285)

« C’est seulement dans leur relation avec les infrastructures humaines qu’elles [ndr : des fourmis férales] forment des PATCHS anthropocéniques. » (NN 74)

IMPÉRIALISME

Voir Anthropocène, Féral, Proliférations.

COLONIALISME DE PEUPLEMENT 

« Dans l’expérience de pensée de Ghosh, le fil commun (…) est la logique des projets colonialistes européens qui consiste à dépouiller des terres de leurs peuples, leurs noms et leurs moyens de subsistance plus-qu’humains pour leur substituer des versions européennes importées. » (NN 57) 

PLANTATION 

« En utilisant le terme plantation dans son sens le plus large, j’évoquerai ici les ÉCOLOGIES simplifiées conçues pour créer des actifs marchands (…) Les plantations (…) soutiennent également de nouvelles écologies de PROLIFÉRATION » (PR 44)

« La plus grande menace pour la résurgence est la simplification du monde vivant (…). Alors que le monde devient une « plantation », des agents pathogènes virulents prolifèrent » (PR 71-72) 

« Est-il utile de voir le monde moderne qui émerge des conditions de vie sur une plantation ? Répondre à cette question implique des moyens d’imaginer comment des projets de terraformation racialisés sont à l’origine d’effets systémiques qui ricochent autour du globe, altérant la vie sur la planète. » (NN 56) 

RUINES

Cf. Capitalisme.

CAPITALISME 

« Sur la possibilité de vie dans les ruines du capitalisme » (CFM, sous-titre)