30 clés conceptuelles pour lire les paysages de l’Anthropocène avec Anna L. Tsing

Que signifie, en pratique, la pensée d’Anna Tsing ? Selon moi, il s’agit de nous rendre capables de percevoir et de pressentir les possibilités de monde qui germent déjà dans les paysages ruinés par l’histoire de la colonisation et du capitalisme.

Bien souvent, j’aimerais me tourner vers Anna Tsing et lui demander à voix basse : « Comment penser sans renoncer, devant une telle désolation ? comment ne pas mépriser ? comment ne pas collaborer ? comment rester allumé, en veille, en colère et en tendresse ? » Ce répertoire, à étoffer et affiner, n’a d’autre raison que de peupler ces questions en donnant corps à la présence nécessaire de Tsing dans notre pensée. Pour continuer à vivre et imaginer dans un monde abîmé, où renoncer est aussi inévitable qu’inacceptable. Il ne s’agit pas de figer la pensée de Tsing dans un système clos, mais d’en tirer une boîte à outils de concepts d’urgence, nés des frictions du terrain et destinée à y retourner. Dans vos mains, si vous le voulez…

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Lire la notice d’assemblage : Anna Lowenhaupt Tsing, glaneuse de concepts pour le « ruinocène »

Compilation et notice par Martin Collette – philosophe de terrains vagues.

Anna Lowenhaupt Tsing, glaneuse de concepts pour le « ruinocène »

Bien souvent, j’aimerais pouvoir me tourner vers Anna Tsing et lui demander : « Comment penser sans renoncer, devant une telle désolation ? ». Ce texte accompagne un répertoire de notions-clés ayant un seul but : continuer à vivre et imaginer dans un monde abîmé, où renoncer semble aussi inévitable qu’inacceptable.

Visuel: le lichen Physica adsendens, dessiné par Bruno Goosse.

Les notions mobilisées par Anna Tsing n’ont rien de ces universels* qui imposent leur architecture abstraite à partir d’un ciel idéal. Ce sont des produits d’une collecte en direct du terrain, altérés par des rencontres équivoques et la boue des machines coloniales. Car pour Tsing, tout commence par le lieu*. C’est toujours quelque part, dans une de ces « zones-frontières »* brutalisées par l’expansion coloniale, ou dans les marges intérieures délaissées de l’Occident capitaliste, que commencent ses longues enquêtes ramifiées, dont elle extrait des pépites de pensée socio-écologique. Ces « notions-clés », au caractère sinon général, du moins « translocal », ont pour le philosophe la virtualité et l’attrait singulier des « concepts ». Et après tout, que sont les concepts sinon des « machins » qui, dans certaines circonstances et moyennant un usage approprié, fonctionnent comme des outils ? C’est bien de ces concepts-outils, glanés sur un terrain dévasté, dont nous avons aujourd’hui besoin pour réapprendre à vivre et penser au milieu des ruines*.

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Dernier hommage pour l’Anthropocène

Omniprésent, le terme « Anthropocène » est aussi controversé et déroutant. Comment entendre cette toute-puissance (nous aurions changé le destin de la Terre) au moment où nous sommes si démunis, alors que tout paraît s’effondrer ? Derrière la contradiction, l’Anthropocène signale qu’un basculement a eu lieu, nous propulsant dans une nouvelle ère, avec un défi : nous réinventer au milieu des ruines.

Voilà une quinzaine d’années que le terme « Anthropocène » a débarqué, envahissant notre imaginaire, encombrant nos pensées, propageant une fièvre ontologique parmi les élites culturelles. Voilà une quinzaine d’années qu’on ne sait trop s’il faut le répudier, le redéfinir, le remplacer (Hello « Capitalocène » !). S’en désoler ou s’en indigner. Ici, je propose simplement de lui rendre un dernier hommage…

« l’Anthropocène est derrière nous, et nous derrière lui… »

La proposition tient en un syllogisme : « si l’Anthropocène a eu lieu, alors l’Anthropocène est terminé »… Lire la suite (7 min)

Le carnaval ou la chair du social

Fait quasi universel, le Carnaval révèle la texture sociale qui garnit l’envers du processus de contrôle social des sociétés indo-européennes. Ces quelques extraits tirés d’un livre de James C Scott sont tous vérifiables dans les derniers rites populaires de villages de Calestienne.

Dans cet article court, découvrez une série de citations issues de La domination et les arts de la résistance, de James C. Scott.

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Trois pensées profondes du « capitalisme de fin du monde »

Comment donner un sens à la brutale dégradation politique, sociale et écologique qui s’opère sous nos yeux ? Plutôt qu’une série de mécanismes et de concepts abstraits, on dégage ici trois pensées implicites du « capitalisme terminal ». Une forme de complotisme raisonné – ou l’ébauche d’une anthropologie des grandes forces de destruction contemporaine.

Trouver un sens aux évolutions récentes de la situation économique et géopolitique, incarnées avec un panache destructeur par l’administration Trump, paraît tour à tour une tâche inaccessible, et un honneur exagéré rendu aux acteurs qui dominent la scène. Ce n’est pas une raison suffisante pour ne pas essayer, au moins, de débroussailler l’accès au chemin.

On opte ici pour la formulation de quelques « pensées directrices », qui sont comme « croyances » implicites permettant, sinon d’expliquer, du moins de formuler en termes humainement intelligibles, une réponse à la question : « que nous arrive-t-il ? ».

Plutôt qu’une explication articulée, enchaînant causes et conséquences, il s’agira donc de quelques fragments hypothétiques pour une anthropologie perplexe du capitalisme terminal – ce « capitalisme de fin du monde » qui se déploie sous nos yeux avec fracas, à partir de son épicentre américain, qui en est comme la scène médiatique (bien que les forces agissantes se déploient dans les nations émergentes).

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Catastrophes éco-climatiques : quand la Nature imite l’Homme

Le concept écologique de « shift » (basculement) éclaire les désastres écologiques et climatiques à l’œuvre, à l’échelle locale et globale. Il montre combien ces désastres s’inscrivent dans une histoire et une logique anthropique, qui se déploie depuis cinq siècles à travers la colonisation, l’intensification et l’industrialisation.

Commençons par un peu de théorie. Pour un écosystème donné, il existe en général : deux états stables possibles ; une situation de basculement (shifting) ; et une dynamique d’irréversibilité catastrophique, marquée par une série de seuils.

  • Deux états stables alternatifs ;
  • Un basculement sous la pression des perturbations et des stress ;
  • Une irréversibilité symbolisée par une courbe en escalier ;
  • Des seuils variables

L’irréversibilité renvoie ultimement à une règle fondamentale de l’univers, suivant la thermodynamique : l’entropie. Or, si tous les systèmes tendent à disperser leur énergie et à se diluer dans l’univers, la vie est précisément l’anomalie qui maintient l’énergie au sein d’un système semi-fermé d’une complexité ahurissante. Lorsqu’on défait la subtile magie de cette complexité, l’entropie reprend ses droits, et à la vie s’éteint ou se simplifie.

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La photo argentique pour resensibiliser le regard

La restauration de la nature passe aussi par la restauration de notre sensibilité. Avec ses contraintes propres, la photographie argentique offre un chemin privilégié pour déconstruire notre regard et recréer une sensibilité aux paysages et à leurs dynamiques vivantes. Un chemin d’ombre et de lumière.

Photo prise par une participante, lors d’un Atelier « Paysage argentique », au Parc national de l’Entre-Sambre-et-Meuse.

« Photographie » signifie étymologiquement « écrire avec la lumière ». La chimie argentique, surtout en noir et blanc, avec ses contrastes marquants et ses gris indistincts, le rappelle souvent cruellement à l’apprenti photographe. Car ce qui s’imprime sur la pellicule reproduit rarement l’imaginaire que notre regard projette sur le monde.

Ici, il ne suffit donc pas d’appuyer sur le déclencheur pour mettre en boîte une mémoire informatique des objets et des formes captées par notre regard, suivant les codes innés ou appris qui sont ceux de notre espèce et de notre culture.

À l’écart de l’utile et du beau, le regard se perd dans le flou de l’indécis, pour s’en remettre à la magie noire d’une obscure chimie d’argent. Qui sait ? Il en émergera peut-être, après révélation, un regard tout neuf pour rhabiller notre sensibilité diminuée…

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Conservation de la nature : vers une troisième voie

Schématiquement, on peut identifier deux grandes tendances dans le domaine de la conservation de la nature : naturalisme et humanisme. Au-delà de leurs oppositions apparentes, ces courants partagent un ancrage commun dans une modernité occidentale, qui sépare nature et culture, tout en assignant aux humains une place éminente (pour le meilleur ou pour le pire). Le temps est peut-être venu d’explorer une troisième voie…

Extraits :

« Pour résumer le courant naturaliste, on dira qu’il pense la nature sur le mode d’une séparation idéalisée. Ce qui est visé, c’est le retour de la « grande nature » : un paradis perdu. L’attitude déployée vis-à-vis de son objet est le respect (étymologiquement : un regard distancié sur la chose). La nature est cette entité indépendante et indifférente, considérée avec cette forme de révérence, si ce n’est de dévotion, qu’on réserve aux choses qui ont le parfum du sacré.

« Dans le courant humaniste, le mot qui résume notre rapport à la nature n’est plus « respect », mais « responsabilité » : nous avons le devoir de répondre à la détresse des autres espèces et d’organiser le cours rationnel et durable du monde. La place du sacré est cette fois occupée par l’humain : si nous avons le devoir de protéger la nature, c’est avant tout pour être digne de notre propre exceptionnalité humaine.

« Cette troisième voie permet de décaler notre regard en nous écartant un peu de ce déterminisme historique, pour ouvrir un riche chantier d’expérimentations et de négociations entre les multiples manières de vivre et d’exister, humaines ou non-humaines, culturelles ou naturelles, scientifiques ou traditionnelles.

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Aimer un monde abîmé

DÉFENDRE LA NATURE EN 2030

Là, dehors, nous pensons qu’il y a un monde et que son cœur bat encore. Un monde qui ne se réduit pas à nos environnements connectés et artificialisés.

Nous pensons que le mot « nature » a encore un sens. Nous croyons que ce sens surgit partout où le vivant nous résiste, nous surprend et déjoue nos plans.

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Trois clés pour penser l’avenir en politique, avec Ezra Klein

Ezra Klein est un bloggeur et journaliste américain de renom. Derrière sa lecture des événements politiques qui secouent les États-Unis en 2025, se découvre une philosophie exigeante, qui nous guide dans le traitement d’un matériau politique hautement radioactif : l’avenir.

Read : 3 insights for thinking about the future on politics with Ezra Klein

Les journalistes ont pour mission de relayer les faits. C’est cette fonction, et la déontologie qui l’accompagne, qui font leur dignité et rendent leur tâche si essentielle. Et c’est parce que cette dignité et cette mission se trouvent menacées que les démocraties vacillent face à un nouveau régime technologique et médiatique de fabrication, de fanatisation et d’instrumentalisation des opinions.

Mais précisément, lorsque l’équilibre vital du système démocratique et médiatique est menacé, le rôle du journaliste devient celui d’un militant. Non pour une cause ou un parti. Mais simplement pour que survive la possibilité même d’un débat fondé sur des faits, et donc que se maintiennent les conditions de l’exercice de la démocratie. Il devient alors un éclaireur sur la voie d’un futur incertain. Et à la recension des faits, s’ajoute l’anticipation de l’avenir, ses risques et ses potentialités. Un exercice délicat. C’est là qu’Ezra Klein entre en scène.

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