Voilà une quinzaine d’années que le terme « Anthropocène » a débarqué, envahissant notre imaginaire, encombrant nos pensées, faisant obstruction entre nous et le monde, propageant une fièvre ontologique parmi les élites culturelles. Voilà une quinzaine d’années qu’on ne sait trop s’il faut le répudier, le redéfinir, le remplacer (Hello « Capitalocène » !). S’en désoler ou s’en indigner. Ici, je propose simplement de lui rendre un dernier hommage…
« l’Anthropocène est derrière nous, et nous derrière lui… »
La proposition tient en un syllogisme : « si l’Anthropocène a eu lieu, alors l’Anthropocène est terminé ». Supposons que l’Anthropocène se soit produit, quoiqu’assez brièvement, et que l’Homme, avec son grand H dominateur, émanation abstraite et prétentieuse d’un Occident colonialiste et masculiniste, ait en effet modifié définitivement le cours des choses (non pour « la planète » mais pour sa « zone critique », cette fine couche vivante et vivable qui la recouvre), alors il faut admettre que l’Anthropocène est derrière nous, et nous derrière lui…
Après avoir brièvement fait mine de se soumettre à nos désirs de contrôle et nos projets d’exploitation, la Terre se fait réactive, éruptive, voire monstrueuse (c’est la « revanche de Gaïa », annoncée dans les plus anciens textes de l’Occident grec). Les fléaux de la Terre s’abattent sur nous en rafales et nous n’en pouvons plus rien maîtriser, ni même en prévoir les soubresauts bioclimatiques…