Dernier hommage pour l’Anthropocène

Omniprésent, le terme « Anthropocène » est aussi controversé et déroutant. Comment entendre cette toute-puissance (nous aurions changé le destin de la Terre) au moment où nous sommes si démunis, alors que tout paraît s’effondrer sous nos pieds? Derrière la contradiction apparente, l’Anthropocène signale qu’un basculement a eu lieu, nous laissant dans une ère de ruines, contraints de nous réinventer.

Voilà une quinzaine d’années que le terme « Anthropocène » a débarqué, envahissant notre imaginaire, encombrant nos pensées, faisant obstruction entre nous et le monde, propageant une fièvre ontologique parmi les élites culturelles. Voilà une quinzaine d’années qu’on ne sait trop s’il faut le répudier, le redéfinir, le remplacer (Hello « Capitalocène » !). S’en désoler ou s’en indigner. Ici, je propose simplement de lui rendre un dernier hommage…

« l’Anthropocène est derrière nous, et nous derrière lui… »

La proposition tient en un syllogisme : « si l’Anthropocène a eu lieu, alors l’Anthropocène est terminé ». Supposons que l’Anthropocène se soit produit, quoiqu’assez brièvement, et que l’Homme, avec son grand H dominateur, émanation abstraite et prétentieuse d’un Occident colonialiste et masculiniste, ait en effet modifié définitivement le cours des choses (non pour « la planète » mais pour sa « zone critique », cette fine couche vivante et vivable qui la recouvre), alors il faut admettre que l’Anthropocène est derrière nous, et nous derrière lui…

Après avoir brièvement fait mine de se soumettre à nos désirs de contrôle et nos projets d’exploitation, la Terre se fait réactive, éruptive, voire monstrueuse (c’est la « revanche de Gaïa », annoncée dans les plus anciens textes de l’Occident grec). Les fléaux de la Terre s’abattent sur nous en rafales et nous n’en pouvons plus rien maîtriser, ni même en prévoir les soubresauts bioclimatiques…

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Auteur : symbiosphere

Biologiste et historien de la philosophie belge d’ascendance celte. Né en même temps que la crise pétrolière. Se revendique du courant alterdarwiniste et de la théologie des puissances intermédiaires confuses. Herboriste néopaïen, confesse une croyance à faible intensité en un Dieu unique et croit encore moins en l’Homme, mais bien à la multitudes des interactions et des esprits qui criculent entre la croûte terrestre et la voûte céleste, ainsi qu’aux chants et prières qui les flattent ou les agacent. Libéral pour les pauvres et socialiste pour les riches, juste pour rééquilibrer. Lance en 2016 une réflexion symbiopolitique en vue de renouer des alliances entre les populations humaines, végétales, animales et microbiennes contre la menace des biorobots et l’impérialisme technoreligieux de l’Occident capitaliste. M.L. : « Tout ce qui précède est vrai sauf ma nationalité, car la Belgique n’existe plus assez pour me nationaliser. »

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