Anna Lowenhaupt Tsing, glaneuse de concepts pour le « ruinocène »

Bien souvent, j’aimerais pouvoir me tourner vers Anna Tsing et lui demander : « Comment penser sans renoncer, devant une telle désolation ? ». Ce texte accompagne un répertoire de notions-clés ayant un seul but : continuer à vivre et imaginer dans un monde abîmé, où renoncer semble aussi inévitable qu’inacceptable.

Visuel: le lichen Physica adsendens, dessiné par Bruno Goosse.

Les notions mobilisées par Anna Tsing n’ont rien de ces universels* qui imposent leur architecture abstraite à partir d’un ciel idéal. Ce sont des produits d’une collecte en direct du terrain, altérés par des rencontres équivoques et la boue des machines coloniales. Car pour Tsing, tout commence par le lieu*. C’est toujours quelque part, dans une de ces « zones-frontières »* brutalisées par l’expansion coloniale, ou dans les marges intérieures délaissées de l’Occident capitaliste, que commencent ses longues enquêtes ramifiées, dont elle extrait des pépites de pensée socio-écologique. Ces « notions-clés », au caractère sinon général, du moins « translocal », ont pour le philosophe la virtualité et l’attrait singulier des « concepts ». Et après tout, que sont les concepts sinon des « machins » qui, dans certaines circonstances et moyennant un usage approprié, fonctionnent comme des outils ? C’est bien de ces concepts-outils, glanés sur un terrain dévasté, dont nous avons aujourd’hui besoin pour réapprendre à vivre et penser au milieu des ruines*.

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Explorer le répertoire : 30 clés conceptuelle pour lire les paysages de l’Anthropocène, avec Anna L. Tsing