Le carnaval ou la chair du social

Fait quasi universel, le Carnaval révèle la texture sociale qui garnit l’envers du processus de contrôle social des sociétés occidentales. Ces quelques extraits tirés d’un livre de James C Scott sont tous vérifiables dans les derniers rites populaires de villages de Calestienne.

Les bobonnes – Carnaval de Vierves-sur-Viroin, 2024 ©M_Collette on ilford hp5

« Occasion de rites d’inversion, de satire, de parodie et d’une suspension générale des contraintes sociales, le carnaval offre une perspective (…) unique pour disséquer l’ordre social (…) [Il] est presque impossible de trouver une société qui n’aurait pas un événement s’apparentant d’une manière ou d’une autre à un carnaval »

« Les normes habituelles régulant les rapports sociaux ne sont pas appliquées, et le port de déguisements ou l’anonymat conféré par la foule amplifient le sentiment général de liberté (…) »

« Le carnaval est (…) « le tribunal informel du peuple » (…) Les jeunes peuvent réprimander les vieux, les femmes tourner les hommes en ridicule (…), les colériques et les radins font l’objet de satire (…), c’est le temps de régler (…) certains comptes personnels et collectifs. »

« La majeure partie de l’agressivité lors du carnaval est dirigée à l’encontre des figures d’autorité (…) [Tous] les rites sacrés (…) avaient leur pendant dans un rite carnavalesque : sermons faisant l’apologie des voleurs ou bien (…) parodies de catéchisme (…). Une sorte de dialogue ouvert (…) s’établissait entre une religion populaire hétérodoxe et une hiérarchie officielle de piété (…) »

Ronde – Carnaval de Vierves-sur-Viroin, 2025 ©M_Collette on kodak tx400

« [Dans] l’Andalousie du XXe siècle, (…) (lorsque) les conditions du monde agricole se sont dégradées, les insultes et les menaces ont les propriétaires à se retirer (…). Depuis quelques temps, ils quittent désormais la ville (…) »

« La grande contribution de Bakhtine à l’étude du carnavalesque a consisté à le traiter (…) comme le site rituel du discours désinhibé (…) le seul lieu où un discours non dominé avait le dessus »

Ânes et louve – Carnaval de Vierves-sur-Viroin, 2025 ©M_Collette on kodak tx400

« Si une grande part du carnaval s’intéressait d’abord aux basses activités que nous partageons avec les mammifères inférieurs (…) c’est parce qu’elles se jouent à un niveau où nous sommes tous pareils (…), le carnaval était un moment de relâchement (…), sorte de société en miroir où les distorsions créées par la domination sont absentes »

Extraits tirés de JAMES C. SCOTT, La domination et les arts de la résistance, éd. Amsterdam, 2019 (1992), pp.300-305.