Encore une fois, nous sommes pris en otages. D’un côté, on nous dit que la coupe du monde au Qatar est une folie climatique doublée d’un meurtre de masse. De l’autre, on nous rappelle qu’il s’agit seulement de football et que cela doit être une fête. Une juste conception du mot « hypocrisie » et de son étymologie permet d’envisager un boycott aussi légitime… qu’imparfait.

Il est facile de hurler à l’hypocrisie, comme l’a fait l’éminent et bruyant président d’un de nos grands partis francophones. Dans une autre démocratie européenne avancée, sa position aurait sans doute été fragilisée après qu’il eut claironné, sur un réseau social, que non seulement il se déplacerait au Qatar, mais aussi qu’il le ferait sans le moindre état d’âme, jugeant que le boycott relève de « la plus crasse hypocrisie » (je cite de mémoire).
Car cet usage accusateur de la notion d’hypocrisie, attribuée à toutes les belles âmes qui s’émeuvent d’une réalité insupportable et inévitable, couvre une manière brutale de s’asseoir sur les dépouilles de 6500 ouvriers-esclaves et sur le climato-négationnisme implicite qui sous-tend cette immense et absurde débauche de béton et de climatisation. Sans même parler de la condition des femmes et des minorités…