Trois pensées profondes du « capitalisme de fin du monde »

Comment donner un sens à la brutale dégradation politique, sociale et écologique qui s’opère sous nos yeux ? Plutôt qu’une série de mécanismes et de concepts abstraits, on dégage ici trois pensées implicites du « capitalisme terminal ». Une forme de complotisme raisonné – ou l’ébauche d’une anthropologie des grandes forces de destruction contemporaine.

Trouver un sens aux évolutions récentes de la situation économique et géopolitique, incarnées avec un panache destructeur par l’administration Trump, paraît tour à tour une tâche inaccessible, et un honneur exagéré rendu aux acteurs qui dominent la scène. Ce n’est pas une raison suffisante pour ne pas essayer, au moins, de débroussailler l’accès au chemin.

On opte ici pour la formulation de quelques « pensées directrices », qui sont comme « croyances » implicites permettant, sinon d’expliquer, du moins de formuler en termes humainement intelligibles, une réponse à la question : « que nous arrive-t-il ? ».

Plutôt qu’une explication articulée, enchaînant causes et conséquences, il s’agira donc de quelques fragments hypothétiques pour une anthropologie perplexe du capitalisme terminal – ce « capitalisme de fin du monde » qui se déploie sous nos yeux avec fracas, à partir de son épicentre américain, qui en est comme la scène médiatique (bien que les forces agissantes se déploient dans les nations émergentes).

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Catastrophes éco-climatiques : quand la Nature imite l’Homme

Le concept écologique de « shift » (basculement) éclaire les désastres écologiques et climatiques à l’œuvre, à l’échelle locale et globale. Il montre combien ces désastres s’inscrivent dans une histoire et une logique anthropique, qui se déploie depuis cinq siècles à travers la colonisation, l’intensification et l’industrialisation.

Commençons par un peu de théorie. Pour un écosystème donné, il existe en général : deux états stables possibles ; une situation de basculement (shifting) ; et une dynamique d’irréversibilité catastrophique, marquée par une série de seuils.

  • Deux états stables alternatifs ;
  • Un basculement sous la pression des perturbations et des stress ;
  • Une irréversibilité symbolisée par une courbe en escalier ;
  • Des seuils variables

L’irréversibilité renvoie ultimement à une règle fondamentale de l’univers, suivant la thermodynamique : l’entropie. Or, si tous les systèmes tendent à disperser leur énergie et à se diluer dans l’univers, la vie est précisément l’anomalie qui maintient l’énergie au sein d’un système semi-fermé d’une complexité ahurissante. Lorsqu’on défait la subtile magie de cette complexité, l’entropie reprend ses droits, et à la vie s’éteint ou se simplifie.

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